La vie sans Tresh…

Poundjé a l’avenir devant lui
S’il semble évident que Maxime Poundjé, remplaçant du Réunionnais l’an dernier, ne sera pas le seul latéral gauche de métier de l’effectif et que le recrutement d’un autre joueur est attendu, la possibilité de voir le N°29 de l’effectif aquitain devenir le N°1 du poste est bien réelle. A bientôt 21 ans (il les aura le 16 août) le grand espoir d’origine camerounaise, qui présente d’intéressantes qualités d’explosivité et de contre-attaquant, fait l’unanimité sur son potentiel, aussi bien chez les supporters que chez Francis Gillot qui déclarait la semaine dernière à son propos : « J’aimerais bien qu’il réussisse parce qu’il se donne les moyens de réussir. J’adore ce genre de joueur, ces mecs-là, qui arrivent de rien. Maxime, c’est vraiment un super mec ».
Poundjé n’arrive pas de si loin que ça cependant. Pur produit de la formation girondine, il a connu jusqu’à présent une trajectoire linéaire en équipes de jeunes jusqu’à s’imposer en CFA et à être prêté à Nîmes, en National, lors de la saison 2011/2012. Une trentaine de matches, un titre de champion de National et une montée en Ligue 2 plus tard, il signe pro à Bordeaux où il dispute tout de même 10 matches (dont 9 titularisations) toutes compétitions confondues l’an dernier. Ainsi, à un âge où Benoit Trémoulinas n’avait pas encore disputé la moindre minute en pro – ce qui ne l’avait pas empêché par la suite de vite rentrer dans l’équipe à la place de Franck Jurietti pour ne plus en sortir -, Maxime Poundjé peut déjà faire valoir une saison pleine au 3ème échelon et un an d’apprentissage avec le groupe pro. Une expérience suffisante pour franchir la marche la plus haute, celle de s’imposer en Ligue 1 ?
Selon le profil de l’arrière latéral qui sera recruté – car il devrait bel et bien y en avoir un – on en saura donc un peu plus sur la nouvelle donne de l’après Trémoulinas. Pour l’instant, les deux noms les plus crédibles sortis dans la presse (Cheick M’Bengue, 25 ans, de Toulouse et Jesper Juelsgård, 24 ans, de Midtjylland au Danemark) semblent montrer que le club s’oriente vers un latéral assez jeune, mais déjà confirmé (M’Bengue et Juelsgård ont déjà plusieurs saisons complètes dans les jambes et sont internationaux avec respectivement le Sénégal et le Danemark). Un compromis sportif et financier qui permettrait à Francis Gillot de redistribuer les cartes entre Poundjé et son futur concurrent, qui se partageraient le couloir, avec une hiérarchie restant à fixer.
Reste à savoir comment cette recrue s’adaptera, surtout si elle débarque directement de l’étranger sans savoir parler la langue, mais aussi quels seront ses caractéristiques et son style de jeu, complémentaire, différent ou similaire à celui du « petit » Maxime et, enfin, comment la hiérarchie, encore incertaine, va tirer vers le haut ou laisser dans le flou les deux hommes. Sur ce dernier point, à moins que le club n’ait déjà décidé en interne de faire de Poundjé son N°1 et lui cherche une doublure, ont peut s’inquiéter de voir que le départ de Trémoulinas – effectif depuis 10 jours – n’ait pas forcément été anticipé alors qu’il était, somme toute, attendu. Pour preuve, on attend toujours la recrue pour le compenser… Alors que la compétition officielle commence dans 2 semaines avec le Trophée des Champions.
Une remise en cause tactique
Mais finalement, bien plus que de savoir qui remplacera quantitativement (et qualitativement ?) le seul Benoit Trémoulinas dans le onze de départ, c’est le chantier collectif qui est le plus important. Le départ du premier relanceur des Girondins – souvent celui qui touchait le plus de ballons par match – et du meilleur passeur de l’an dernier (8 offrandes toutes compétitions confondues) laisse un trou béant dans l’animation bordelaise. Un trou dont on ne peut raisonnablement pas attendre de Poundjé, ou d’un autre, qu’il le comble entièrement en reprenant à l’identique le rôle et le rendement de l’ex N°28 du FCGB ainsi que sa complémentarité avec le reste de l’équipe.
En fin de compte, en laissant partir Benoit Trémoulinas, Bordeaux va vivre une mini révolution tactique et arrêtera très probablement de s’appuyer principalement, presque par habitude (et par manque de solutions ?), sur lui pour mener ses offensives et élaborer son jeu. En effet, si les appels de balles, la technique, le volume de jeu, la vélocité, l’endurance, les montées balle au pied et la qualité de centre (qui s’était, cela dit, détériorée à force) de l’international français sont des armes utiles, dire que Bordeaux en a usé et abusé est un doux euphémisme. Malgré lui, Trémoulinas était devenu le symbole de ce Bordeaux potentiellement talentueux mais trop souvent ennuyeux car stéréotypé dans son jeu, bien connu de tous à la longue… Et, en premier lieu, de ses adversaires.
Avec un nouveau joueur à sa place cela impliquera, probablement, de nouveaux automatises, ainsi que des circuits de construction différents, mettant en valeur d’autres joueurs et dessinant une nouvelle animation… Dont on espère qu’elle permettra à Bordeaux d’en finir avec ces éternels dédoublements côté gauche et ce triste statut de 15ème attaque du dernier exercice de Ligue 1. Un comble, quand on sait que les Girondins, considérés à tort comme une équipe défensive en raison de leur stérilité dans les 30 derniers mètres, sont la formation qui a eu le pourcentage de possession dans le camp adverse le plus élevé de France ! Mais vu la monotonie et les limites du jeu bordelais la saison dernière (sans parler d’un classement final insuffisant), et en dépit de toutes les qualités individuelles et humaines du bonhomme – qui a tout gagné sur le plan national avec son club formateur -, on ne va pas forcément se plaindre du départ de Benoit Trémoulinas. Mais uniquement s’il s’inscrit dans le début d’un nouveau cycle de jeu sous les ordres d’un Francis Gillot qui pourrait, enfin, poser sa patte tactiquement.