Bordeaux a-t-il peur de ses pépites ?

« Le FC Girondins de Bordeaux confirme l’information parue sur le site officiel des Chamois Niortais. Emiliano Sala va être prêté pour une saison au club des Deux-Sèvres… » 

« Le club confirme le transfert définitif de Grzegorz Krychowiak au Stade de Reims. L’international polonais a signé dans un club qu’il connaît bien… » 
Ou encore… Paul Baysse à Sedan, Bruno Ecuele Manga à Lorient… Bordeaux est-il frileux avec ses jeunes ? 
A l’heure où les temps sont durs et les recrues chères (transfert et/ou salaire), Bordeaux pourrait nourrir quelques regrets. Que ce soit Bruno Ecuele Manga (25 ans), plus ou moins poussé vers la sortie de la CFA bordelaise, et qui a crevé l’écran à Angers puis Lorient, Paul Baysse (25 ans), de retour de blessure et en passe de s’engager avec Sochaux ou Saint-Etienne après s’être fait un nom à Sedan puis Brest’ ou encore Grzegorz Krychowiak (23 ans), héros de Reims la saison dernière et pisté par quelques clubs de renoms cet été, auraient tous pu rendre de précieux services à leur club formateur : le FC Girondins de Bordeaux. 
Car s’il ne faut pas blâmer Jérémie Bréchet (bientôt 34 ans) qui n’a pas encore évolué sous le maillot bordelais, le fait d’aller chercher un joueur en fin de carrière ou encore le fait d’avoir privilégié un joueur comme Landry N’Guemo (recruté libre à l’été 2011) à la place de Grzegorz Krychowiak qui était déjà au club et qui en est parti, démontre que Bordeaux semble parfois se compliquer la tâche. 
Idem en attaque où les carences de la saison passée (certes estompée par un état de forme éblouissant de Cheick Diabaté en seconde partie de saison) n’ont pas suffi à valider la candidature du jeune Emiliano Sala (22 ans), pourtant virevoltant avec Orléans la saison passée.
Mais ces joueurs avaient-ils réellement le niveau ? Au vu de leurs dernières prestations dans leurs clubs respectifs : oui. Alors pourquoi la maison bordelaise n’a pas jugé bon de leur donner leur chance ? Des erreurs de jugement ? Peut-être. Des craintes sur leur capacité de s’imposer à Bordeaux là où cela est plus difficile que dans des clubs moins huppés ? Probablement. Une politique pas assez tournée vers la formation ? Sûrement pas. 
Car en dépit de certains cas, certes de renom – ajoutons Valbuena -, sans doute assez mal gérés (mais qui sont cependant bien moins nombreux que ceux des joueurs non conservés après leur formation et qui ne percent finalement pas en pro), Bordeaux prend globalement soin de ses jeunes à l’image de la progression linéaire de Younès Kaabouni, des efforts consentis pour recruter Valentin Vada, ou exemples plus parlants, du temps laisser à André Poko, Maxime Poundjé, Grégory Sertic, Cheick Diabaté et Henri Saivet pour éclore au plus haut niveau. 
Henri Saivet est probablement le « cas » le plus parlant : post formé au club, après des débuts à l’INF Clairefontaine avec Sertic (Poko et Diabaté ont aussi commencé leur formation ailleurs, dans leurs pays d’origine, en l’occurrence  le Gabon et le Mali) annoncé comme une future star (« grâce » surtout, dans un premier temps, aux jeux vidéos de management), puis gravement blessé à 16 ans et timide pour ses débuts pro avant de se révéler en Ligue 2 à Angers, le N°20 du FCGB a mis plusieurs années pour s’imposer et arriver, seulement la saison dernière, à un statut de joueur cadre et surtout régulier. Moins explosif pour ses débuts que Benoît Trémoulinas par exemple, le jeune bordelais est la preuve que Bordeaux sait aussi prendre le temps de « couver » ses jeunes et de ne pas les cramer. Peut-être avec trop de frilosité à l’image de certains parti trop tôt, mais au moins, ils n’auront pas grillé leur carrière en Gironde et porteront à jamais le statut « Formé à Bordeaux ». Car Bordeaux reste, malgré tout un des grands clubs formateurs français. 
La formation est une denrée de plus en plus rare dans le monde professionnel mais avec laquelle il faut savoir rester patient et savoir aussi faire confiance aux personnes qui gèrent le club en interne (staff technique, direction, formation). Et qui en savent sans doute plus que nous sur des joueurs qu’ils entraînent au quotidien et dont ils suivent la progression footballistique  mentale et humaine.